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Mandat de la MONUSCO et retrait responsable et durable de la Mission, maitres-mots entre Félix Tshisekedi et Leila Zerrougui

Comme chaque mois, la MONUSCO a tenu ce mercredi 12 février 2020, la conférence de presse bimensuelle des Nations Unies en République démocratique du Congo. Laquelle était organisée concomitamment par vidéoconférence, depuis son quartier général à Kinshasa et ses représentations dans les villes de Goma et Beni au Nord-Kivu, et dans la ville Bukavu au Sud-Kivu.

Cette conférence routinière était animée à Kinshasa par M. Mathias Gillmann, porte-parole intérimaire de la MONUSCO et coordonnateur du Groupe de communication des Nations Unies en Rdc, et depuis Goma, par le Lieutenant-colonel Claude Raoul Djehoungo, porte-parole militaire de la MONUSCO qui a présenté aux chevaliers de la plume la situation sécuritaire qui prévaut actuellement en Rdc.

Un invité à cette conférence à Kinshasa, c’est le Représentant de l’UNICEF en RDC, M. Edouard Beigbeder, qui est venu annoncer le nouveau programme de coopération entre l’UNICEF et la RDC, qui devrait être discuté et approuvé hier mercredi après-midi au niveau du siège de l’UNICEF à New York (Etats-Unis). Lequel programme allant de 2020 à 2024 est axé sur six axes : la santé, la nutrition, l’eau, assainissement et hygiène, l’éducation, la protection et l’inclusion sociale et résilience.

D’entrée de jeu, Mathias Gillmann a rappelé que le Secrétaire général des Nations Unies, M. António Guterres, a rencontré le Président de la RDC Felix Tshisekedi, en marge du sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba. « Ils ont évoqué la situation politique et sécuritaire dans le pays et la région, ainsi que le soutien de la MONUSCO en matière de gouvernance, de sécurité et de protection des civils », a-t-il indiqué.

Il a aussi signalé que la Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations Unies en République démocratique du Congo, Mme Leila Zerrougui, a conclu mardi dernier une visite de deux jours dans les Kasaï, à Kananga et Tshikapa. « Elle était accompagnée notamment de son adjoint, le coordonnateur résident et coordonnateur humanitaire, David McLachlan-Karr, pour des discussions axées sur les priorités de la MONUSCO pour le renforcement de l’autorité de l’Etat et des fonctions régaliennes de l’Etat, c’est-à-dire la Police, Justice et Administration pénitentiaire en particulier – ainsi que pour la réintégration des anciens membres de groupes armés », a-t-il précisé.

Il n’a pas oublié d’épingler les rencontres de la cheffe de la MONUSCO avec les autorités provinciales, la Société civile et la communauté humanitaire, ainsi que ses visites. « Mme Zerrougui a souligné la nécessité de soutenir une réintégration communautaire des membres de groupes armés qui ont rendu les armes… La Représentante souligne la nécessité de créer des opportunités pour la population afin de soutenir la paix et la réconciliation pérenne des communautés par le développement », affirme le porte-parole intérimaire de la MONUSCO.

A en croire Mathias Gillmann, la réintégration communautaire dans les Kasaï a également été au coeur des discussions de la rencontre que Mme Leila Zerrougui a eu samedi dernier avec le Président Félix Tshisekedi. Les deux personnalités ont aussi discuté notamment du nouveau mandat de la MONUSCO et du dialogue stratégique à engager entre la MONUSCO et le Gouvernement congolais vers un retrait responsable et durable de la Mission, a-t-il ajouté.

Poursuivant ses propos luminaires, le coordonnateur du Groupe de communication des Nations Unies en Rdc renseigne que dans l’Ituri, la MONUSCO a participé mardi dernier au lancement du processus de dialogue entre les communautés Lendu et Alur. « Ce dialogue s’est concentré sur deux problématiques en particulier : de récentes incursions d’assaillants depuis Djugu dans des communautés Alur à Mahagi, ainsi que la reprise de violences entre les communautés Walendu Watsi et Angal », a-t-il souligné.

Et il confirme que « Les communautés se sont engagées à un ensemble d’activités, de consultations et de mesures de protection des civils pour la stabilisation de la zone entre les territoires de Mahagi et Djugu. De son côté, la MONUSCO s’est engagée à continuer de soutenir techniquement et logistiquement ce processus ».

Situation sécuritaire préoccupante en Ituri et Sud-Kivu

La situation sécuritaire du pays a été abordée par le porte-parole militaire de la MONUSCO, le lieutenant-colonel Claude Raoul Djehoungo. Il a commencé son speech en annonçant la prise de service, le 28 janvier dernier, du nouveau commandant de la Force de la Monusco, le général Costa Neves.

Sans attendre les formalités administratives, il a déjà été sur terrain du 4 au 5 février 2020 à Beni « pour s’imprégner de la situation réelle sur le terrain. Il a en outre rencontré le Major Général Fall, commandant la 3e zone de défense des FARDC à qui il a assuré sa disponibilité à collaborer franchement dans la lutte contre les groupes armés ».

Quant aux principales informations sur la situation sécuritaire par région, le lieutenant-colonel Claude Raoul Djehoungo a fait savoir que dans la province de l’Ituri, la situation sécuritaire demeure préoccupante dans les territoires de Djugu, Mahagi et au sud d’Irumu. Et dans le territoire de Beni, indique-t-il, la Force de la Monusco poursuit son soutien « indéfectible » aux FARDC dans leurs offensives contre les ADF.
« Ces derniers, acculés à l’Est de Beni, se sont dispersés dans la forêt pour se retrouver dans la zone au Nord-Ouest de Beni où de nombreuses exactions, en guise de représailles, ont été perpétrées contre les civils. C’est ainsi que le 9 février 2020, aux environs de 22h30, une action conjointe lancée contre les ADF a permis aux FARDC d’appréhender 40 combattants des ADF près de Makeke et de les emmener à la base des FARDC à Mangina », a-t-il affirmé.

Le porte-parole militaire de la Monusco a ainsi invité la population de Beni et celle de Mangina en particulier, à aider et à apporter leur soutien en dénonçant sans délai toute activité suspecte afin que davantage les ADF puissent être appréhendés avec succès. Et il a expliqué que « Dans la même veine, hier 11 février 2020, aux environs de 20 heures, une position des FARDC a été attaquée à Mbau par les ADF. La contre-réaction d’une section de la Brigade d’intervention de la MONUSCO, qui a déployé un renfort pour soutenir les FARDC, a permis de mettre en route les assaillants ».

A en croire le lieutenant-colonel Claude Raoul Djehoungo, dans le reste de la province du Nord-Kivu, la Force de la MONUSCO s’attelle à limiter les exactions perpétrées contre les civils. Dans la province du Sud-Kivu, poursuit-il, la persistance des actions des groupes armés dans le territoire de Kalehe et celle des Mai-Mai « qui exercent une autorité parallèle de même que la résurgence de la violence dans la région de Mikenge demeure une source de préoccupation majeure ».

« Le commandant de la Force de la Monusco est depuis hier (mardi dernier) en visite opérationnelle dans cette région pour constater de près la situation sur le terrain et préciser sa vision en ce qui concerne la protection des civils. Enfin, il convient de mentionner la reddition de 631 éléments appartenant à divers groupes armés depuis le début de l’année 2020 », a-t-il rassuré.

Il a également saisi cette occasion pour porter un démenti formel aux allégations mensongères qui circulent depuis peu sur certains réseaux sociaux et qui accusent la MONUSCO de soutenir des groupes armés, en l’occurrence les ADF. « Les affabulations du genre n’ont d’autres objectifs que jeter le discrédit sur la MONUSCO afin de mieux manipuler les populations pour défendre des intérêts inavoués », a déclaré le porte-parole militaire de la MONUSCO, le lieutenant-colonel Claude Raoul Djehoungo.
Un nouveau programme de l’UNICEF en RDC
Revenant à la charge, le porte-parole intérimaire de la MONUSCO, Mathias Gillmann a noté sur la même situation de Beni que « le Haut-commissariat aux réfugiés (HCR) exprime sa vive préoccupation concernant l’aggravation de la situation dans le territoire de Beni, à l’Est de la RDC, où la violence a déjà forcé plus de 100000 civils à fuir leur foyer ces deux derniers mois ».
Par ailleurs, martèle-t-il, « des milliers de civils vivent dans des conditions effroyables dans une centaine d’installations informelles, dormant dans des huttes fabriquées à l’aide de branchages. La semaine dernière, le HCR a d’urgence distribué des bâches en plastique pour aider 3000 familles déplacées. Nous vous rappelons que plus de cinq millions de personnes sont aujourd’hui déplacées en RDC, ce qui représente la plus importante situation de déplacement interne en Afrique. Le HCR recherche 150 millions de dollars pour répondre aux besoins des réfugiés et des personnes déplacées en RDC en 2020, mais n’a reçu que 4% de ce montant à ce jour ».

Concernant Ebola, Mathias Gillmann renseigne que le comité d’urgence de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) se réunit à Genève pour évaluer si l’épidémie d’Ebola en RDC continue de constituer une urgence de santé publique de portée internationale.

Prenant la parole, l’invité de cette conférence, le représentant de l’UNICEF en République démocratique du Congo, M. Edouard Beigbeder, a présenté le nouveau programme de coopération entre l’UNICEF et la République démocratique du Congo.

« Ce nouveau programme de coopération pour la période 2020-2024 entre l’UNICEF et la République démocratique du Congo vient en soutien aux priorités du Gouvernement. Il a été effectivement aligné avec le plan national stratégique de développement, avec les priorités du nouveau Gouvernement ainsi que différents plans de réponse humanitaire et du nouveau plan des Nations Unies sur les cinq prochaines années », a-t-il indiqué.

Et d’ajouter : « Ce programme, en tout cas sa vision, c’est que les enfants en RDC, spécialement les plus vulnérables dans les provinces les plus diminuées et dans le contexte humanitaire, auront un accès équitable de qualité et durable aux services sociaux de base. Donc, l’UNICEF naturellement va continuer à travailler dans les six aires qui sont spéciales et importantes pour le développement des enfants : la santé, la nutrition, l’eau, l’éducation, la protection et enfin l’inclusion sociale et la résilience ».

Il a enfin signifié que l’UNICEF soutient le Gouvernement et ses partenaires notamment dans la réponse sur Ebola, sur la réponse de l’élimination du choléra, la polio ainsi que sur la rougeole qui a été une mauvaise nouvelle en 2019.

Bokulaka