Culture Decouverte

Vient de paraître
Un nouvel ouvrage de Freddy Mulumba pose le problème de responsabilité des intellectuels congolais face à la crise

Un nouveau-né vient de voir le jour dans la famille de la littérature et de la bibliographie congolaise. Il s’agit de l’ouvrage intitulé : « Réflexions sur la responsabilité des intellectuels dans la crise en R.D. Congo », publié dans les éditions Renaissance africaines à Kinshasa. C’est une œuvre littéraire du journaliste Freddy Mulumba Kabuayi, directeur général adjoint de la Radiotélévision nationale congolaise (RTNC), préfacée par le philosophe et théologien Kä Mana. Elle a été porté sur fonts baptismaux le samedi 09 novembre courant à l’issue d’une cérémonie organisée à cet effet en la paroisse catholique Notre Dame de Fatima dans la commune de la Gombe à Kinshasa.  Le livre comporte cinq grandes parties, en plus de l’annexe et de la bibliographie. La première explique le contexte des intellectuels congolais entre vérité, survie et exil. La seconde partie montre les intellectuels congolais dans l’arène politique. La troisième parle des « séminaires dits scientifiques : tremplins politiques ou masques des intérêts étrangers ». La société et l’Etat congolais ont-ils besoin de leurs intellectuels et de la science ? C’est la question qui fait l’objet de la quatrième partie de ce nouvel ouvrage de Freddy Mulumba. Et dans sa cinquième et dernière partie, ce livre évoque la nécessité d’un renouvellement de la pensée et de la spiritualité. A en croire le philosophe Kä Mana qui l’a préfacé, les réflexions mises dans cet ouvrage posent un problème fondamental pour l’avenir de la Rdc. Celui de la responsabilité des intellectuels congolais dans la situation de ruine et de désespoir que connaît le pays.Ainsi a-t-il explique que le problème c’est de savoir si depuis l’indépendance, la Rdc a disposé d’une élite de l’intelligence capable de penser, d’éclairer, d’organiser et de conduire le pays vers son épanouissement et son accomplissement comme nation moderne et prospère. Ou si la Rdc a eu tout simplement une élite des médiocres  qui a conduit le pays à la catastrophe qu’il vit aujourd’hui. En d’autres termes, renchérit-il, la question est celle de savoir si le mal congolais est dans la pourriture, la décomposition et l’incompétence des élites congolaises dirigeantes formées par l’école moderne, ou si le pays doit chercher ailleurs les raisons profondes de sa faillite. Selon lui, la réponse de l’auteur de ce livre est sans équivoque. Freddy Mulumba estime dans son ouvrage que la Rd Congo a été détruite par la médiocrité de ses élites intellectuelles qui ont en charge la destinée politique, économique, culturelle et spirituelle du peuple congolais depuis l’accession du pays à l’indépendance. Cette élite, ajoute-t-il, n’a jamais été à la hauteur de ses responsabilités historiques. « Elle a trahi la mission qui était la sienne. Elle s’est complétement dévoyée et a été incapable de mener notre nation à une destinée à la hauteur des atouts des Congolais dans le monde d’aujourd’hui », a-t-il affirmé dans ses écrits.     L’intellectuel congolais a échoué, dixit Freddy MulumbaDans une interview accordée à la presse à l’issue de cette cérémonie de vernissage de son livre, le journaliste Mulumba confie que « pour tout homme lucide il y a quand même des signes qui ne trompent pas. Notre pays est dans l’impasse. Il faut que les intellectuels prennent la hauteur de toute la société et donnent des orientations. Les politiques font leur travail, ce qui est normal de négocier, de trouver des compromis. Le pouvoir c’est des conflits, les gens se tuent entre eux. Mais quant au niveau de la science, au niveau de nous les intellectuels, il faut qu’il y ait des gens, au cas où les hommes du pouvoir n’arrivent pas à s’entendre, n’arrivent pas à donner des orientations claires, que ceux qui étaient à l’école moderne donnent l’orientation tant politique, économique, sociale que culturelle ». Et d’ajouter : « Mais on se rend compte que dans notre société congolaise il y a un vide. Voilà pourquoi j’ai écrit ce livre. C’est pour dire que ce qui nous arrive n’est pas le fait du hasard. C’est parce que l’intellectuel zaïrois, l’intellectuel congolais a échoué. On reconnait un bon arbre par ses fruits. Nous sommes incapables de résoudre nos conflits, tant politiques, économiques, ethniques, etc. On laisse des politiciens à parler et prendre des décisions sans consulter ceux qui détiennent la connaissance. Dans les pays qui ont émergé, en Chine, en Amérique, en Europe, c’est quand l’élite est de qualité. Malheureusement en Rdc nous avons une élite médiocre. Et quand vous avez une élite médiocre il ne faut s’attendre à un miracle ».L’auteur a pris l’exemple de l’ancien Président de la République Joseph Kabila, dans sa dernière interview accordée à Colette Brackman du Journal Le Soir quand il a décéléré que son plus grand regret c’est de ne pas parvenu à changer l’homme congolais, mais heureusement l’homme congolais ne l’a pas changé. « Ça signifie que nous avons un problème, notre élite est médiocre. Ou bien on la change, ou on la garde pour qu’on reste toujours dominés par les autres. Donc, on n’a pas d’autre solution que de changer d’élite. Qu’on ait une élite lucide, qui peut créer des opportunités pour que notre peuple vive correctement. Parce que ce n’est pas normal qu’un pays très riche, puisse avoir une population très pauvre », a dit Freddy Mulumba. Et il a martelé que « c’est vrai, on va vous amener des discours de démocratie, bonne gouvernance, mais c’est faux. Il y a des pays qui sont gérés d’une manière autocratique comme en Asie, mais où les populations mangent. La Chine n’est pas démocratique occidentale, mais les gens mangent. Comment nous avons un pays très riche et notre population est pauvre. C’est parce qu’il y a un système capitaliste prédateur qui s’est installé depuis 1885. Ensuite, ce système a produit des élites médiocres, qui travaillent pour des intérêts étrangers et pour leurs propres intérêts, pas ceux de la population ». Pour conclure, il a rappelé que M’Zee Kabila qui est décédé a laissé son testament : « Ne jamais trahir le Congo ». Donc, il faut un Congo indépendant, un Congo puissant, commente-t-il. Et Etienne Tshisekedi qui est mort sans accéder au pouvoir, poursuit-il, a aussi laissé son testament : « Le peuple d’abord ». Donc, souligne-t-il, « il faut qu’il y ait un régime, un pouvoir qui travaille pour les intérêts du Congo et pour le bien-être de la population. Et il faut que tout Congolais conscient. Ça ne viendra pas d’ailleurs, ça doit se faire avec des sacrifices. Il faut travailler, il faut s’organiser. Mais au bout de compte, il faut un homme congolais lucide, intelligent, conscient, qui peut prendre son destin en mains ». Bokulaka